CASSANDRE N°66 - 2006


Entretien avec Guy Benisty


Le choix


Ce qui m'intéresserait de savoir par rapport à votre travail précis avec le GITHEC porté par une certaine réflexion sur ce que l'on appelle rapidement l'exclusion (bien que ce mot soit à employer avec précaution ou à ne pas employer) - c'est comment vous avez fait ce choix, qui me semble, pour une fois, ne pas être un choix par défaut. Il y aurait dans ces situations - plutôt que ces lieux - quelque chose d'extrêmement intéressant pour un homme de théâtre, un artiste. Pas uniquement du côté de la forme et pas uniquement du côté du politique, mais dans cet espace entre les deux, là où c'est indissociable.

Il s’agit d’un choix esthétique et sûrement du lieu d’un retournement. Je travaille en banlieue, dans des lieux dits «en marge», parce que je pense que c’est là que l’on peut faire du bon théâtre, du théâtre qui ne démissionne ni de l’émotion, ni du sens critique. Du théâtre ambitieux.
Comment expliquer ce choix ?
Le théâtre plonge ses racines dans la préhistoire des organisations sociales, dans l’archaïque des représentations. Pour autant, il n’est pas une pratique gravée dans le marbre de toute éternité, il est encore à créer. Hier comme aujourd’hui, les arts, les systèmes de représentation, existent les uns par les autres et chacun porte une spécificité profonde qui le distingue tout en le reliant aux autres et justifie sa persistance. D’une certaine façon, je peux dire que je fais du théâtre parce que je ne peins pas.
Il existe une économie générale des représentations. Le théâtre participe de cette économie, son rôle, son influence, sa valeur, fluctuent. Comme la peinture figurative s’est trouvée profondément affectée par l’avènement de la photographie, le théâtre ne peut faire abstraction de l’essor du cinéma, de la télévision, d’internet.
Céline, au sujet du romancier, dans Les Entretiens avec le professeur Y, écrit : « Je vous annonce : les écrivains d’aujourd’hui ne savent pas encore que le cinéma existe ! Et que le cinéma a rendu leur façon d’écrire ridicule et inutile, péroreuse et vaine !»

















       

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