sombre, de trouble et de complexe ; travailler là-dessus c'est travailler dans des gouffres. C’est cela qui est artistique.
Je me demande si on a raison d'utiliser le mot de représentation comme si il avait le même sens
à chaque fois qu'on l'emploie dans différents secteurs. Je ne suis pas persuadé que représentation au sens électoral ait l
a même signification qu'au sens pictural. Je pense que ce sont deux choses différentes et on a un seul mot, c'est le cas souvent
dans la langue française mais avec des sens différents suivant le contexte. Représenter lorsqu'il s'agit de fabriquer une image
ce n'est du même ordre que représenter l'ensemble d'une population.
Dans la perspective du théâtre tragique, il me semble qu’avec cette ambiguïté, la langue française dit quelque chose d’essentiel.
D’une certaine façon elle dit l’énigme du théâtre. On peut entendre cette énigme dans le destin du paradigme de l’idole,
comme dans l’aventure platonicienne de la République dans ce moment fameux où Socrate chasse le poète de la cité.
C’est différent, mais il y a une intrication vertigineuse entre représentativité politique et représentation picturale.
Ce qui est artistique c’est la façon dont le théâtre joue et rejoue la fondation d’un groupe, puis d’une société.
Tout le travail de création du GITHEC consiste à écrire le spectacle en même temps que l’on bâtit le public.
Cela veut dire ouvrir des ateliers libres de pratiques artistiques, rencontrer les habitants des quartiers de la manière
la plus large possible, essayer de toucher les familles, aller d’abord vers ceux qui manquent au théâtre, ceux qui nous manquent.
Et ce n’est rien d’autre que d’écrire un texte de théâtre, le mettre en scène et l’interpréter. Tout se passe comme
si nous disposions de deux définitions de l’art, l’une pour le haut, l’autre pour le bas. En haut, pour les inclus,
un art qui se définit comme purement arbitraire, justifié par rien, qui se donne lui-même comme fin dernière.
En bas à l’inverse, l’arbitraire est scandaleux. Si l’on s’adresse à des personnes dites en difficulté, à l’image du cahier
des charges de la politique de la ville ou de l’action sociale, l’art devient un outil, un moyen, son objet, ou sa fin ultime
se dira dans le vocabulaire de la paix sociale. Le théâtre par exemple servira à pacifier les banlieues, à aider à l’insertion sociale
et professionnelle des personnes éloignées de l’emploi, à la remise à niveau scolaire par le biais ludique de jeu théâtral, etc.
Pour ma part le théâtre utile ça me convient très bien, mais pour échapper au piège idéologique de la notion,
je préfère parler du caractère sauveur du théâtre.
Propos recueillis par Nicolas Roméas