Vous pensez que par quelques petits codes qui seraient des toux, des rires, de petites exclamations à peine audibles, une sorte de télépathie s'installe dans la salle.

C'est exactement ça, c'est une télépathie générale et une suggestion hypnotique.
C'est très perceptible pour le comédien plus le peuple est mélangé plus la résonance est forte. Le comédien, en synchronisant avec la salle, déploiera la complexité de son intériorité en s’appuyant sur la complexité des spectateurs. Il y a deux vers de Bernard Lavilliers qui disent cela merveilleusement : « Pour trouver ta latitude / Dans l’océan des spectateurs / Faut dominer l’amplitude /Des battements de ton cœur » Don Juan de Molière s’achève par Sganarelle criant : « Mes gages ! Mes gages ! » devant le spectacle de son maître aspiré par la statue du Commandeur vers le feu de l’enfer. On comprend que cette scène présentée devant un public socialement différencié produira une plus grande richesse d’interprétation, le ressenti tendu des spectateurs devancera l’analyse et la rendra d’autant plus aigu. Le génie de Molière ici est de construire un pré-texte qui appelle les interprétations et cette interprétation repose sur la représentativité de la salle.
Pourquoi se ferait-elle mieux dans des lieux de relégation ?

Je ne pense pas qu'elle se fasse mieux, sauf que la contrainte est de partir du plus éloigné sinon on pourrait tout à fait travailler dans l'autre sens en allant chez les riches. C'est cela la contrainte, fabriquer une salle représentative de la société française.

C'est un voeu pieux depuis Vilars...

Cela nous fait entrer dans une question délicate : Qu'est-ce que c'est que la représentativité ? Est-ce que De Gaulle était représentatif de la France en 1940 ? Est-ce que le précédent roi du Maroc était représentatif de son peuple ? Il suffit de quelques spectateurs et que ces spectateurs soient représentatifs de la société française, pour que cela fonctionne. Le théâtre n’a pas besoin de multiplier le nombre de spectateurs, depuis l’avènement des arts de la reproduction, de l’industrie du cinéma et de la télévision, le nombre ce n’est plus son affaire, en revanche la représentativité, c’est autre chose.

La représentation d'un monarque n'est pas la même que celle d'un président élu.

Oui, bien sûr, mais c'est pour dire qu'au théâtre, on n'est pas au fait d'une représentation avec des élections, mais dans quelque chose de

















       

       4/9