REFLETS • DNA – 5 au 11 JUIN 2002


Traverse


Du théâtre carrément à l'Ouest


Joué gratuitement (*) la nuit sur la Plaine de jeu Pasteur, "On reviendra mourir une autre fois", est une création artistique croisant deux formes : théâtre et télévision. C'est pour et avec les habitants du quartier Ouest de Colmar que Guy Benisty a élaboré et dessiné en compagnie du comédien Pierre Guillois ce chemin de parole singulier. "Making off" au cœur de la cité.

Comme un chien fou, Guy Benisty traverse le couloir de l'appartement, répétant le texte, il incite Nadia à poser ses répliques… "Téléphoune…c'est bon maman, j'ai entendu", hurle Jalila. Faisant fi de l'effervescence, Serge Gautier-Pavlov filme au plus près.
Scène de 900 m2.
En cette fin d'après-midi ensoleillée, une partie de l'équipe, d'"On reviendra mourir une autre fois", répète un plan qui sera tourné le lendemain sur la Plaine de jeu de l'hôpital Pasteur.
Comment apprivoiser une telle scène de 900 m2 ? Le cofondateur du Githec – Groupe d'Intervention Théâtrale etCinématographique – ne s'est pas laissé démonter. Au contraire, en collaboration avec l'artiste Pierre Guillois, en résidence depuis l'automne à l'Atelier du Rhin, il a trouvé des instruments techniques adéquats. Inventant au fil des rencontres avec les habitants des "nouvelles formes", recréant ainsi des "codes d'un théâtre en prise avec les quartiers".
Le dispositif qui utilise des micros HF, des écouteurs mais aussi des écrans, fait résonner l'immensité de cette scène moderne. Et place ainsi le spectateur/voyeur dans une position privilégiée puisque les seize comédiens-amateurs vont lui murmurer au creux de l'oreille. Cette indiscrétion sonore s'enrichit d'une intrusion télévisuelle. S'ils ne font pas écran, les divers écrans accrochés sur le ciel, démultiplient les points de vue sur l'action, renvoyant champ contre champ, ou insérant des gros plans. "On a écrit ce spectacle pour les voix des comédiens, en "Je souffre de ce que le théâtre soit bâti en direction d'une population privilégiée, affirme Guy Benisty. Il faut arriver à mener un travail ou la société soit convenablement représentée".
C'est pourquoi, l'homme de théâtre propose une ouverture plus démocratique de la scène et du jeu. A Colmar, son engagement a trouvé un bel écho. D'ateliers en rencontres, un petit groupe s'est fixé. Constitué de 16 personnes d'âge divers, ce noyau a nourri la fable. "On a écrit ce spectacle pour les voix des comédiens, en fonction de leur façon de bouger", affirme le metteur en scène. "Cela s'est fait naturellement, au fil des répétitions ils ont acquis un savoir technique. Très peu jouaient faux. Je fais la mère pour la mécanique, il faut que tu sois là", lance-t'il séducteur à l'adresse de Nadia.
Abbes, jeune danseur de hip hop connaît son texte. De cette expérience théâtrale, le jeune break-dancer a tiré une certaine fluidité dans l'expression. Pour Faouzi-Farid Bettina, président de l'association Leucémie-Espoir 68, la rencontre a été importante. Fier de son personnage le colonel fantôme-cinq pages de texte- Faouzi constate combien "Guy les a fait évoluer". "D'abord, on travaille l'émotion et l'intensité du personnage à travers le texte, après seulement on commence à répéter individuellement puis en groupe". Caméra légère, Serge suit, nus pieds, l'action qui se déplace vers la cuisine. Rani rejoint les autres. D'un visage à l'autre, il capte les émotions. Faouzi hors champ, fait les cent pas. "Grâce à ce que l'on a appris, on va aborder différemment notre prochaine comédie musicale". On imagine une écriture plus élaborée. "Le cinéma c'est pire que le théâtre", lâche Pierre Guillois qui joue Mohamed. Histoire d'encourager les filles. Imen, la plus jeune (11 ans) ne bronche pas, livre sa réplique et se réfugie dans sa chambre afin d'éviter la baffe que lui promet son frère. Une pause interrompt la scène, Nadia accoudée au mur raconte son rôle. "Je présente et je filme le spectacle, dans ce groupe, tout le monde est soudé". "Chacun accepte l'autre tel qu'il est", complète Jalila. "Silence, on tourne, action !" Guy Benisty donne le signal "demain, tout doit être in the perfect", surenchérit Faouzi. Et ce sera sûrement le cas !

* Cette création théâtrale initiée par l'Atelier du Rhin a été adoptée par la Direction Régionale des Affaires Culturelle et intégrée au contrat de ville de Colmar. Représentations les 6, 7 et 8 juin à 22h sur la plaine de jeu à Colmar. Entrée libre.


















       

       5/7