TÉLÉRAMA - Signes du temps


A Pantin, théâtre et télé rassemblent les habitants des Courtillières


La cité crève l'écran


Janvier 2001, de jeunes Parisiens de la banlieue ouest déboulent dans le centre commercial de la Défense et le mettent à sac. Le lendemain, dans un reportage du 20 heures de France 2, des adolescents jouent les fiers-à-bras et se targuent de posséder un arsenal dans les caves de leur cité. Vantardises complaisamment filmées de gamins qui n'ont aucun rapport avec les émeutiers de la veille, puisque le journaliste les a "dégotés" dans une banlieue nord, à Pantin. "A partir de ce reportage très mal vécu par les intéressés, on a eu l'idée de faire un spectacle qui intègre la télévision, dit Guy Benisty, qui a créé dans le quartier des Courtillières, il y a dix ans, le GITHEC, Groupe d'intervention Théâtrale et Cinématographique.

En mêlant le théâtre et la télévision, on crée une parole contemporaine avec les mots et les codes culturels d'aujourd'hui. Guy Benisty propose alors aux habitants de cette cité dite "sensible" d'inverser les regards, de "s'emparer de cet outil politique qui délivre ses propres discours sur la banlieue ou l'exclusion sociale". Avec l'aide des Engraineurs, une association qui forme à la vidéo et à l'écriture de scénarios, les membres du Githec mettent sur pied une grille de programmes et produisent leurs propres émissions. Débrouillardise, mélange de bénévolat et de micro-subventions. Et, en juin dernier, le CSA donne son accord : le canal 35 hébergera, durant l'automne,
la télévision temporaire baptisée 93 TV, qui diffusera trois heures quotidiennes, pas la vie des gens du quartier, mais la vie vue par les gens du quartier, avec les sujets qui les intéressent, de la guerre d'Algérie à la condition des sans-papiers, de la mondialisation à l'insécurité, du cinéma aux recettes de cuisine. Au centre de la place centrale des Courtillières, entre les immeubles de briques oranges alignés comme des dominos, a été dressée une toile géante qui abrite les plateaux de 93TV. Chaque jour, on enregistre un magazine et un débat dans les conditions du direct. A l'antenne, les plateaux seront émaillés de reportages, chroniques sportives, courts métrages, clips, conçus et réalisés par des jeunes, qui, après le lycée, filent tourner leurs sujets, caméra DV en main.

Le soir du 16 octobre, le chapiteau accueillera le public pour la première d'Un souffle entre le bien et rien", pièce écrite par Guy Benisty, l'histoire d'un dur à cuire de banlieue qui décide de faire le bien – mais ça n'est pas si simple. "C'est l'éthique de la révolte selon Sartre, l'opprimé qui s'empare de l'image qu'on lui impose pour s'en dégager", explique l'auteur. Sous la toile du chapiteau, pas de décor, mais un espace sans scène ni coulisses, où des écrans télé placés au-dessus des acteurs- professionnels et amateurs – renvoient des images du spectacle ou de l'extérieur. Etranges miroirs que ces écrans de télé en plein air, posés au milieu des immeubles, aux fenêtres elles-mêmes éclairées par la lumière bleutée d'autres petits écrans domestiques.


Sophie Cachon


















       

       4/7