Dom Juan de Molière


Mise en scène : Guy Benisty

Creation 2010 - Au Théâtre du Fil de l'Eau à Pantin


avec :
Mourad Boudaoud : Dom Juan
Said Moussa : Sganarelle
Manal Zenagui : Elvire
Bouzid Laiourate: Don Carlos
Christophe Ribet - Michelle Bustamante - Sylvie Philibert



Jouer les grands textes

Parmi les nombreux comédiens amateurs rencontrés au cours des stages, certains témoignent du désir d'aller plus loin dans la pratique du théâtre. Talentueux et travailleurs, bien des obstacles les séparent pourtant d'une carrière artistique, qui plus est une carrière artistique en filiation avec un théâtre pratiqué au coeur des quartiers. (Le coût des études de théâtre, les difficultés des premières années sont souvent un obstacle infranchissable pour beaucoup de jeunes gens issus de milieux populaires) Ce Dom Juan est l'occasion pour eux de se confronter à un grand texte du répertoire classique dans un esprit fidèle aux ambitions populaires du GITHEC. La distribution réunira les jeunes acteurs issus des formations du GITHEC et des acteurs plus aguerris, venant partager leur savoir faire.

Ne pas laisser les oeuvres en paix

Un classique de la littérature se caractérise par sa capacité à traverser le temps, et à continuer de parler aux hommes longtemps après qu'il a été composé. Cette fois ci Dom Juan sera incarné par un jeune Français d'origine algérienne et Sganarelle par un Français noir d'origine africaine. Le jeu d'acteur sera simple, vif, direct, ne se préoccupant pas des emplois, mais exclusivement du texte et des situations, la générosité du public se chargeant de faire le chemin vers le personnage sans se soucier des petites distorsions, faites à la tradition scolaire. Nous sommes si confiants dans le génie de Molière que nous savons que sa langue parlera fortement dans le visage de la diversité du peuple français tel que nous la connaissons en Seine-Saint-Denis.

Dom Juan : une interrogation profonde sur la religion, une machine de guerre contre les dévots

Relisant le texte, on reste fasciné par sa puissance subversive, intrigué par le courage qu'il avait fallu à Molière pour ainsi s'en prendre frontalement aux puissants de son époque. La chose paraît si invraisemblable que (vaine hypothèse) on se prend à imaginer un Molière aiguillonné par Louis XIV, l'autorisant à s'en prendre ainsi à la religion. La charge contre les dévots est si subtile, pratiquée avec un art consommé du contre-pied, les risques encourus par l'auteur si grands, - quelques années à peine après l'interdiction de son Tartuffe - qu'on imagine qu'il lui aura fallu le soutien d'un souverain pour oser engager sa troupe dans une telle aventure. Sganarelle dans la pièce fait figure de défenseur de la religion, mais la plaidoirie confiée à un bouffon et ramenant la religion au rang de superstition tourne court. Pour les dévots, l'excuse est plus blessante que l'offense. Dom Juan le libertin sort chaque fois vainqueur des joutes oratoires qui l'opposent à son valet. Armé d'une rhétorique puissante on s'attend alors à la victoire de Dom Juan, pourtant le grand seigneur méchant homme, est à son tour mis à bas par son propre cynisme, à la fin de la pièce, rien ne restera intact, ni sa puissante rhétorique libertine, ni le courage chevaleresque et la première franchise de Dom Juan, pas plus que les discours dévots des autres personnages. Cette merveilleuse machine de guerre contre la bigoterie ne peut manquer aujourd'hui encore de nous rappeler à toutes nos idées reçues, à toutes nos croyances infondées, à nos propres compromissions avec les religions, toutes les religions.

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