Le salon marocain
Théâtre chez l'habitant- un vaudeville en cité HLM
Texte et mise en scène : Christophe Ribet
Lasse d'attendre, la maîtresse d'un jeune homme marié endosse les traits d'une assistante sociale de la Caisse d'Allocations Familiales afin de s'immiscer au domicile conjugal de son amant. Elle fera mine d'aider le jeune couple à remplir un dossier de subventions. Jeune couple dont la particularité est d'avoir contracté un mariage mixte endogame : elle est française originaire d'une petite ville d'Afrique de l'Ouest, lui, habitant en France depuis son mariage, est natif de cette même ville. La fausse assistante sociale dévoilera rapidement ses véritables traits, ceux de l'amante venant réclamer sa part du bonheur conjugal.
La pièce lorgne le monde tragique qui habite cette terre de granit et s'invite dans l'intimité de ce trio infernal - la femme, l'amante, le mari. Pour le coup, on a quitté les salons bourgeois du siècle passé et il est question de mariage arrangé, d'immigration, de mariage mixte ou de mariage blanc. Comme une pièce de Marivaux, « Le salon marocain » est une marche vers l'aveu et c'est autour de cet aveu que la pièce va s'organiser et que le public, en devenant complice du mensonge, va pouvoir se constituer.
La figure de l'assistante sociale abordera les questions du couple, du mariage, de la précarité, sans que cela paraisse artificiel, ou tout au moins forcé. Ce qui permettra de glisser au coeur de la pièce des informations reconnaissables par les spectateurs comme, par exemple, comment monter un dossier d'aide à l'équipement mobilier et ménager auprès de la CAF.
En investissant les appartements, on ne s'éloigne finalement que très peu des figures imposées de l'art poétique d'Horace: "...mais il obtient tous les suffrages celui qui unit l'utile à l'agréable, et plaît et instruit en même temps". Le théâtre en appartement a connu des fortunes diverses et les artistes de théâtre se sont confrontés maintes fois à cette forme spécifique qui transfigure un appartement, en faisant le lieu du spectacle. Le théâtre résiste à l'inconfort, à l'exiguïté, les artistes l'ont montré et c'est acquis, mais là n'est pas l'essentiel. L'important quand on décide de délaisser le lieu public du théâtre, c'est de savoir dans quels appartements les artistes se rendront-ils ? Vont-ils transporter leur art dans les appartements bourgeois des centres villes portant encore plus haut cet entre soi de privilégiés, si préjudiciable à l'art du théâtre ? Où s'aventurent-t-ils dans les quartiers populaires conviant des spectateurs au-delà des clivages sociaux de telle sorte que la rencontre entre spectateurs d'origines multiples fasse fond sur la représentation en chavirant les idées reçues des uns et des autres créant un espace propice à l'émotion et au sens critique ?
Un appartement privé se fait lieu public accueillant peu de spectateurs, mais des spectateurs qui se dépassent eux-mêmes, se faisant les représentants d'un public plus vaste, représentatif d'une société, en cet instant paradoxal où l'émotion est toute à la fois produite et altérée par la présence troublante d'un autre assis à côté de soi, une émotion qui se dit - pour reprendre les mots de Sartre - sous la forme de « Tout un homme, fait de tous les hommes et qui les vaut tous et que vaut n'importe qui. »
Pour ce qui est du GITHEC il s'agit bien sûr de la seconde proposition tant et si bien que le spectacle s'accompagne d'un véritable travail de rencontre et d'action culturelle (les bailleurs, la Caf, les centres sociaux, les services culturels des villes... etc.) permettant d'aller vers les spectateurs a priori les plus éloignés de la fréquentation des lieux de culture.
L'enjeu consiste donc à jouer dans les appartements des cités HLM, faisant en sorte d'être accueilli dans une famille qui convie à son tour ses voisins à venir voir le spectacle.








